Quand Manon et moi avons décidé de tout quitter pour partir en van à travers l’Afrique, on nous a souvent posé la même question : « Mais vous avez vraiment les mêmes envies de voyage ? ». La vérité : pas toujours. Je suis plutôt du genre à foncer sur la piste la plus cabossée, prêt à bivouaquer au milieu de nulle part. Manon, elle, adore l’aventure… mais aime aussi les bons lits, les douches chaudes et les beaux lodges avec vue. Et c’est précisément ce mélange qui rend notre voyage unique.
Dans cet article, je vais te partager comment on arrive à voyager en couple quand l’un aime l’aventure et l’autre le confort, tout en gardant le sourire, l’amour… et l’envie de repartir chaque matin. Le tout appliqué à un road trip en Afrique, avec notre van comme petite maison nomade.
Accepter qu’on n’a pas le même “style” de voyage
Avant même de parler d’itinéraire, de bivouac ou de lodge, il y a une première étape essentielle : accepter que l’autre ne fonctionne pas comme toi. Pendant longtemps, je pensais que pour “vraiment voyager”, il fallait sortir systématiquement de sa zone de confort. Manon, elle, me rappelait souvent qu’on peut vivre une expérience forte… en ayant aussi bien dormi.
Ce qui nous a aidés :
-
Arrêter de juger les envies de l’autre comme étant “trop” (trop confort, trop roots, trop prudent, trop extrême).
-
Comprendre que nos différences sont une richesse : grâce à Manon, j’ai découvert des lodges incroyables en pleine savane ; grâce à moi, elle a appris à aimer certains bivouacs sauvages, en écoutant les chacals au loin.
-
Parler franchement de ce qui est non négociable pour chacun : pour Manon, la sécurité et un minimum d’hygiène ; pour moi, la liberté de sortir souvent des sentiers battus.
Une fois ce cadre posé, tout devient plus simple à ajuster sur la route.
Préparer le road trip ensemble : l’étape qui change tout
Un road trip en Afrique, surtout en van, ne s’improvise pas totalement. Et paradoxalement, c’est cette préparation qui permet ensuite de se lâcher un peu plus sur place.
Avant chaque grande étape (par exemple : traverser la Namibie, longer la côte mozambicaine, ou remonter vers l’Afrique de l’Est), on se cale ensemble autour d’une carte et on discute :
-
Des régions “coup de cœur aventure” : pistes, parcs nationaux, villages isolés, déserts, montagnes…
-
Des étapes “cocooning” : villes sympas, lodges, campings avec bonnes installations, spots au bord de l’eau avec douches et électricité.
-
De la fréquence de confort : par exemple, on peut décider d’alterner 3 nuits en bivouac / 2 nuits en lodge ou camping confortable.
On ne se contente pas de “voir sur place” : on inscrit volontiers dans notre itinéraire quelques adresses de lodges ou de campings qu’on veut absolument tester. Pour Manon, c’est une bouffée d’oxygène rien qu’à l’idée de savoir que, dans trois jours, on dormira dans un lit avec de vrais draps. Pour moi, c’est le moyen de négocier plus facilement les pistes caillouteuses d’ici là.
Alterner bivouacs sauvages et hébergements confortables
C’est vraiment le cœur de notre compromis : jouer sur le rythme. Le van nous donne une liberté incroyable, mais ne veut pas dire renoncer au confort.
Nos grandes “règles” (flexibles) :
-
Jamais trop de nuits d’affilée en mode roots : au-delà de 3 ou 4 nuits sans douche chaude et sans vrai lit, on sent la tension monter. On préfère anticiper.
-
Ne pas culpabiliser de se faire plaisir : un lodge avec piscine au cœur du bush, ce n’est pas trahir l’esprit du voyage. C’est recharger les batteries pour repartir plus loin.
-
Choisir des lodges qui prolongent l’aventure : on privilégie les hébergements qui restent connectés à la nature (tentes safaris, écolodges, cabanes…) plutôt que les hôtels impersonnels.
Un exemple concret : en Afrique du Sud, après plusieurs jours sur les pistes du Drakensberg, à cuisiner sous la pluie et à dormir au froid dans le van, on s’est offert deux nuits dans un lodge avec cheminée, grande baignoire et vue sur les montagnes. Ces 48 heures-là ont littéralement sauvé la suite du road trip : Manon était reboostée, et moi, j’ai pu profiter à fond de la suite, sans entendre “on pourrait s’arrêter quelque part plus confortable ?” à chaque village traversé.
Définir les limites de chacun : sécurité, fatigue, stress
En voyage, il y a l’envie d’aventure… et puis il y a les limites physiques, émotionnelles, ou liées à la sécurité. En Afrique, certains paramètres sont à prendre au sérieux : l’état des routes, l’isolement, les animaux sauvages, le contexte local.
Avec le temps, on a identifié nos signaux d’alerte :
-
Si Manon ne le sent pas, on n’insiste pas : piste trop isolée, zone où elle ne se sent pas en sécurité, camping louche… Son instinct est précieux.
-
Si je suis trop fatigué pour conduire, on s’arrête : même si le spot rêvé est encore à 2 heures, on ne joue pas avec la fatigue sur ces routes-là.
-
On évite de rouler de nuit : c’est non négociable. Les risques (animaux, piétons, nids de poule invisibles) sont trop importants.
En fixant ces limites ensemble, on enlève une grosse part de stress du voyage. Et moins de stress, c’est plus de place pour l’aventure… et pour le confort quand il est bien mérité.
Se répartir les rôles selon nos forces
L’un aime l’aventure, l’autre le confort ? Tant mieux, ça fait deux expertises à mettre au service du même voyage.
Chez nous, ça donne quelque chose comme ça :
-
Moi (Bruno) : repérage des pistes, gestion du van, préparation des bivouacs, analyse des cartes, estimation des temps de trajet, contacts avec les locaux en bord de route.
-
Manon : recherche des beaux hébergements, négociation des prix, repérage des restaurants sympas, vérification des avis en ligne, veille sur la météo, et surtout : garde-fou confort.
Résultat : chacun a le sentiment de contribuer pleinement au voyage. Je suis fier de nous amener sur des spots incroyables au coucher du soleil ; elle est fière de nous avoir déniché ce petit lodge perdu avec une vue folle sur le delta.
Communiquer vraiment (surtout quand ça frictionne)
Voyager en van en Afrique à deux, 24h/24 dans quelques mètres carrés, c’est un test pour le couple. Quand l’un veut rester une nuit de plus en lodge et que l’autre rêve déjà de la prochaine piste, la tension peut vite monter.
Ce qui nous aide :
-
Mettre des mots sur ce qu’on ressent : “Là, je suis épuisée, j’ai besoin d’une vraie douche et d’un bon lit”, c’est plus constructif que “Tu ne penses qu’à toi !”.
-
Écouter sans se défendre tout de suite : c’est dur, mais précieux. Souvent, derrière une remarque aiguisée, il y a juste de la fatigue ou de l’angoisse.
-
Se rappeler pourquoi on a choisi cette vie : on a tout quitté pour ça. Pour la liberté, la découverte, la possibilité de créer notre propre rythme, pas pour se battre sur le nombre d’étoiles d’un hébergement.
Parfois, on fait un pas vers l’autre : Manon accepte un bivouac un peu plus sauvage que prévu ; moi, j’accepte une nuit supplémentaire dans un lodge au lieu de reprendre la piste. Ce sont ces petits gestes qui construisent un grand voyage.
Penser le van comme un cocon… même pour l’adepte du confort
Le van, c’est notre maison. Et pour que quelqu’un qui aime le confort s’y sente bien, il faut le penser comme un petit cocon roulant.
Ce qui change tout pour nous :
-
Un bon matelas : c’est la base. Même au milieu du désert, si on dort bien, tout paraît plus simple.
-
Une petite routine “bien-être” : une douche solaire, un coin toilette bien organisé, quelques produits qui font du bien (savon qu’on aime, crème, tisane).
-
Une ambiance chaleureuse : quelques guirlandes LED, des coussins, une petite couverture… ça peut sembler futile, mais ça transforme un utilitaire en refuge.
Plus le van est agréable, plus le gap entre “lodge confortable” et “bivouac en autonomie” se réduit. Et plus il est facile pour l’adepte du confort de savourer aussi les nuits au milieu de nulle part.
Composer un voyage qui ressemble vraiment à votre couple
Au fond, voyager à deux quand l’un aime l’aventure et l’autre le confort, ce n’est pas choisir entre piste défoncée et hôtel 5 étoiles. C’est inventer une troisième voie, celle qui vous ressemble.
Dans notre road trip africain, cette voie, c’est :
-
Un van aménagé, minimaliste mais douillet.
-
Des pistes perdues, des bivouacs avec vue sur des paysages à couper le souffle.
-
Des lodges choisis avec soin pour recharger les batteries et se faire plaisir.
-
Des choix guidés à la fois par l’envie d’explorer et par le respect des limites de chacun.
Si tu es dans un couple “aventure & confort” et que vous rêvez de partir en road trip, notamment en Afrique, c’est possible. Tu n’as pas besoin de devenir un baroudeur extrême, ni de renoncer aux nuits sous les étoiles. Tu peux créer un voyage sur mesure, à votre image, avec vos propres règles.
Sur ce blog, je continuerai à te partager nos itinéraires, nos bivouacs préférés, nos adresses de lodges en Afrique et nos retours d’expérience de vie en van. Manon et moi espérons que ça t’aidera à oser, à adapter… et peut-être, un jour, à prendre la route à ton tour, avec la personne que tu aimes, quelque part entre aventure totale et doux confort.