À l’aube, notre van toussote sur une piste rouge de l’Ouganda. La brume s’accroche aux collines, les essuie-glaces étalent une pluie fine et le café refroidit dans son gobelet. Nous avons roulé des heures pour arriver jusqu’ici, à la lisière de la forêt de Bwindi. Pourtant, le van ne nous conduira pas jusqu’aux gorilles. Pour les rencontrer, il faudra poursuivre à pied, dans la forêt, avec un guide. Et c’est peut-être là que commence vraiment l’aventure.
On imagine parfois l’observation des gorilles comme une scène de documentaire : un véhicule s’arrête, les animaux apparaissent, les appareils photo crépitent. La réalité est plus lente, plus physique et bien plus émouvante. Il faut préparer le voyage, marcher, patienter, écouter. Puis, parfois, au détour d’un feuillage, une silhouette sombre se dessine. La forêt retient son souffle. Nous aussi.
Le van, compagnon de route jusqu’à la forêt
Notre expédition commence bien avant la rencontre. Depuis Entebbe, nous prenons la route vers le sud-ouest de l’Ouganda, en direction du parc national impénétrable de Bwindi. Le trajet est long, mais il raconte déjà quelque chose du pays : les villes s’effacent, les villages se succèdent, les plantations dessinent des lignes vertes sur les collines. À chaque arrêt, un vendeur de fruits s’approche du van avec des bananes, des avocats ou des ananas si mûrs qu’ils semblent parfumés de soleil.
Le van est notre refuge entre deux étapes. On y range les sacs, les vestes de pluie, les jumelles et les petites provisions qui deviennent précieuses quand la route s’étire. Il faut toutefois choisir un véhicule adapté : certaines pistes sont accidentées, surtout après de fortes pluies. Un véhicule haut, robuste et bien entretenu apporte un vrai confort. Pour un voyage en autonomie, mieux vaut aussi vérifier les conditions de circulation, l’assurance, l’état des pneus et la présence d’une roue de secours.
Mais pas question de rejoindre les gorilles à bord. Les véhicules restent au point de départ de la randonnée, et la suite se fait avec des guides et des pisteurs du parc. Le van nous rapproche de la forêt ; il ne remplace ni nos jambes ni les personnes qui connaissent le terrain. Dans ce voyage, la voiture est un fil conducteur, pas un laissez-passer au cœur de la vie sauvage.
Choisir où observer les gorilles en Afrique
Les gorilles de montagne vivent dans une région partagée entre l’Ouganda, le Rwanda et la République démocratique du Congo. Pour un premier voyage, les parcs les plus souvent envisagés sont Bwindi et Mgahinga, en Ouganda, ainsi que le parc national des Volcans, au Rwanda. Chaque option a ses particularités : durée et difficulté des transferts, paysages, hébergements et organisation des permis.
À Bwindi, la forêt porte bien son nom : dense, humide, parfois pentue, elle donne l’impression d’entrer dans un monde à part. Le parc est réparti en plusieurs secteurs, et le lieu de départ de la randonnée dépend du groupe de gorilles attribué. Au Rwanda, le parc des Volcans est réputé pour ses paysages de montagnes et l’accès relativement pratique depuis Kigali. « Relativement » reste un mot de voyageur : mieux vaut prévoir de la marge et ne pas organiser une arrivée à la dernière minute.
La première démarche est de réserver un permis auprès des autorités compétentes ou par l’intermédiaire d’un professionnel fiable. Le nombre de visiteurs autorisés chaque jour est limité, et les règles comme les tarifs peuvent évoluer. Il est donc prudent de vérifier les informations officielles avant de bâtir l’itinéraire. En haute saison, réserver tôt évite de découvrir que les dates de votre séjour et celles des permis ne se parlent pas.
Une randonnée qui se mérite
Le matin de notre sortie, nous rejoignons le point de rassemblement avec nos sacs sur le dos. Les guides expliquent les consignes, répartissent les visiteurs en petits groupes et nous présentent les pisteurs. Certains sont déjà partis dans la forêt pour localiser la famille de gorilles. Leurs indications permettent d’orienter la marche, mais personne ne peut promettre une rencontre à une heure précise. Les animaux se déplacent, et la forêt ne consulte pas notre programme.
La durée de la randonnée varie beaucoup. Elle peut être relativement courte ou demander plusieurs heures de marche sur des pentes raides et des sentiers boueux. La distance ne dit pas tout : dans une forêt dense, avancer de quelques centaines de mètres peut réclamer du temps et de l’énergie. Ce n’est pas une promenade sur un chemin bien balisé. C’est une marche où l’on s’accroche parfois aux branches, où l’on s’arrête pour reprendre son souffle et où la pluie peut surgir sans prévenir.
Un porteur peut vous accompagner pour transporter votre sac et vous aider sur les passages difficiles. Ce service facilite la randonnée et constitue aussi une manière de soutenir l’économie locale. Nous avions hésité, par fierté mal placée peut-être. Après une montée glissante, la question ne se posait plus : accepter de l’aide n’enlève rien à l’aventure. Cela permet même de regarder davantage autour de soi.
Dans notre sac, nous avions prévu :
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des chaussures de randonnée déjà portées, avec une bonne adhérence ;
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un pantalon long et des manches longues pour protéger la peau des branches et des insectes ;
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une veste imperméable, car la pluie peut tomber même quand le ciel paraît clément ;
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de l’eau, une petite collation et des gants solides pour s’appuyer dans la végétation ;
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un appareil photo sans flash, ou simplement un téléphone bien chargé ;
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des jumelles, utiles sur la route et pendant les autres excursions, même si elles ne sont pas indispensables lors de l’approche.
Un conseil très terre-à-terre : gardez des vêtements propres pour le retour dans le van. Après quelques heures de forêt humide, les chaussures et le pantalon peuvent raconter une histoire que votre siège auto n’avait pas demandé à entendre.
Le silence, puis le premier regard
Nous avançons depuis un bon moment quand le guide nous fait signe de ralentir. La conversation se coupe, les gestes deviennent plus discrets. Un pisteur a repéré la famille à proximité. Quelques minutes plus tard, les feuilles remuent devant nous. Une masse noire apparaît, puis un dos large, un visage calme, une main qui attrape une tige avec une précision désarmante.
Le mâle à dos argenté se tient un peu à l’écart. Il n’a pas besoin de rugir pour occuper l’espace. Une femelle s’installe près d’un tronc, tandis qu’un jeune se balance dans les branches avant de retomber dans les feuillages. Il y a du mouvement, des regards, des gestes familiers. Un petit s’approche de sa mère et se blottit contre elle. On oublie alors les heures de route, les chaussettes humides et la boue qui colle aux semelles.
Le temps d’observation est limité et encadré, généralement autour d’une heure auprès du groupe. Une heure seulement ? Oui. Mais lorsqu’on se tient à quelques mètres d’animaux libres, elle ne ressemble pas à une heure ordinaire. Nous avions imaginé prendre beaucoup de photos. Au bout de quelques minutes, l’appareil est resté contre ma poitrine. Je voulais me souvenir de la scène, pas seulement de son image.
Le plus frappant n’est pas forcément la taille des gorilles. C’est leur présence. Ils ne jouent pas pour nous, ne se déplacent pas pour la photographie, ne semblent rien devoir à notre émerveillement. Ils mangent, se reposent, se déplacent au gré de leurs envies. Nous sommes les visiteurs, et cette idée remet doucement les choses à leur place.
Respecter les gorilles et la forêt
La rencontre est strictement encadrée pour protéger les gorilles, sensibles à plusieurs maladies humaines, et pour garantir la sécurité de tous. Les consignes précises sont données par les guides et peuvent être actualisées. Il faut les suivre même si un animal semble calme ou s’approche de lui-même. La bonne attitude est de rester silencieux, de limiter les mouvements et de ne pas chercher à attirer son attention.
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Ne touchez jamais un gorille et ne vous approchez pas pour obtenir une meilleure photo.
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N’utilisez pas de flash et gardez les appareils en mode silencieux.
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Ne mangez pas et ne buvez pas près des animaux, sauf instruction particulière du guide.
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Respectez les distances indiquées et les consignes si un gorille se rapproche.
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Restez chez vous si vous êtes malade : protéger les gorilles passe avant le programme du séjour.
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Ne laissez aucun déchet dans la forêt, même un emballage minuscule.
Ces règles ne sont pas des formalités destinées à gâcher la magie. Elles en sont la condition. Les gorilles ne sont pas un décor à notre disposition, mais des animaux sauvages dont la protection dépend aussi de la manière dont nous les approchons.
Organiser un séjour sans transformer le rêve en course
Pour profiter de cette expérience, mieux vaut éviter de tout concentrer sur une seule journée. Prévoyez du temps pour rejoindre la région, vous reposer et vous adapter aux imprévus. Une panne, une route abîmée ou une forte pluie peuvent bouleverser un itinéraire trop serré. Garder une journée de marge autour de la randonnée est une bonne idée, en particulier si le permis représente le moment central du voyage.
Le budget comprend davantage que le permis : transports, hébergement, repas, éventuel guide privé et porteur sont à prendre en compte. Les prix changent selon le pays, la saison et les prestations. Comparez les options sans regarder uniquement le coût de la chambre : un hébergement proche du point de départ peut réduire la fatigue et éviter un réveil encore plus matinal.
Si vous voyagez en van, renseignez-vous sur les règles de circulation, les possibilités de stationnement et les conditions d’accès aux hébergements. Dans certaines zones, la location d’un véhicule avec chauffeur peut simplifier les transferts. Ce n’est pas renoncer à la liberté ; c’est parfois choisir de garder son énergie pour la forêt plutôt que de la dépenser à négocier chaque nid-de-poule.
Ce que l’on rapporte, au-delà des photographies
Sur le chemin du retour, le van semble plus silencieux qu’à l’aller. Peut-être parce que nous sommes fatigués. Peut-être parce qu’on cherche les mots justes. Dehors, les collines s’éloignent dans la lumière du soir. Dans mon sac, les vêtements sont trempés et la carte mémoire contient beaucoup moins d’images que prévu. Pourtant, la journée est pleine.
Nous avions traversé le pays pour voir des gorilles. Nous repartons avec le souvenir d’un jeune qui disparaît dans les feuilles, du regard attentif d’une guide et de la patience des pisteurs, qui avaient marché avant nous pour rendre cette rencontre possible. La forêt n’a pas livré un spectacle : elle nous a accordé un passage bref, fragile et précieux.
Alors, faut-il tenter l’aventure en van ? Oui, si l’on aime les longues routes, les changements de décor et les étapes qui obligent à ralentir. Mais il faut accepter que le voyage ne se commande pas entièrement. Le van vous emmène jusqu’au seuil de la forêt. Pour le reste, il faudra avancer à pied, écouter ceux qui la connaissent et laisser les gorilles décider de la distance entre votre attente et l’émerveillement.